| Introduction
à l'exposition par le pr. Hans Küng |
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Hans
Küng
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Peut-on imaginer une partie de ballon où tous
les joueurs se mettraient
à courir en tous sens comme des fous, en tapant au hasard sur
la balle, sans savoir comment construire leur jeu, et sans connaître
ce qu'il est permis ou non de faire? Pour qu'un jeu loyal et harmonieux
soit possible et qu'il fasse plaisir, des règles sont nécessaires.
Il faut des règles partout où des êtres humains vivent
ensemble et cherchent à atteindre ensemble un but déterminé.
• Une classe d'école ne peut prospérer que si les
filles et les garçons font preuve de fair play, si règne
entre les uns et les autres une atmosphère de confiance et que
nulle crainte de vol, de racket ou de violence ne fausse les relations
- et si l'on se sent traité de façon juste par l'enseignant.
Pour cela, il faut que des règles de conduite soient acceptées
par tous ceux qui participent à la vie scolaire.
• Dans une entreprise commerciale, le gain est important, mais
pour qu'elle soit florissante, il faut des relations de confiance entre
l'employeur et le personnel, entre les employés eux-mêmes
et avec les clients de l'entreprise. L'honnêteté est essentielle
dans les affaires, dans la comptabilité et l'établissement
des bilans, tout comme des rapports de confiance et une estime réciproque.
Cela exige des règles acceptées par tous dans les affaires
et dans le travail.
• Une communauté ne peut subsister que dans la mesure où
elle dispose d'un ordre juridique stable : les divergences peuvent être
résolues sans recours à la violence, les membres entretiennent
entre eux un rapport de confiance, ceux qui assument une charge le font
honnêtement et régulièrement, l'équilibre
entre les divers intérêts est recherché. Pour qu'une
communauté
demeure soudée, il lui faut impérativement un consensus
sur quelques règles élémentaires régissant
la vie en commun.
• Entre les peuples, les nations et les Etats, surgissent sans
cesse des intérêts divergents, des priorités et des
rivalités. On ne parviendra à un équilibre équitable
des divers intérêts et à une paix durable qu'à la
condition que les relations ne soient pas régies par la violence
et que le dialogue et la coopération remplacent l'agressivité et
la confrontation. Même la politique et la diplomatie, au niveau
local ou international, ont besoin de règles de bon comportement.
Depuis qu'il existe des communautés humaines, on a imaginé
des modèles de coexistence féconde et de vie individuelle
satisfaisante. Toutes les cultures ont développé des normes
de comportement qui correspondent à une éthique élémentaire.
Ce sont avant tout les religions et les philosophies qui ont formulé
et systématisé ces critères. Mais dans le monde
pluraliste où nous vivons, aucune religion, aucune philosophie
ne peut, à
elle seule, imposer son éthique à l'ensemble des sociétés.
Mais il est possible, et important, de découvrir et de faire connaître
ce qu'il y a de commun dans l'éthique inhérente aux différentes
religions et philosophies afin de :
• permettre à toute personne de s'orienter ;
• assurer la cohésion de la société ;
• offrir aux nations et aux communautés religieuses une
base pour l'entente, la coopération et la paix.
Sur la base de ces normes - ou critères - éthiques communs,
que nous appelons éthique planétaire, les hommes et les
femmes de toutes nations et cultures seront à même de coexister
et de collaborer en vue d'un monde plus pacifique et plus juste.
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Qu'est-ce
que l'éthique planétaire?
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Dès
l'année 1990, dans mon livre Projet d' éthique
planétaire, j'ai soumis à l'opinion publique
mes idées sur une éthique planétaire. Sous la
forme d'un programme, j'y ai exposé
l'idée que les religions du monde n'apporteront une contribution
à la paix du monde que dans la mesure où elles réfléchiront
à ce que leurs éthiques ont déjà en commun :
à savoir un consensus de base relatif aux valeurs fondamentales,
aux normes incontournables et aux attitudes essentielles de la personne.
Un pas décisif a été franchi lors du « Parlement
des religions du monde », un rassemblement interreligieux
qui a réuni 6000 personnes à Chicago en 1993 et au cours
duquel 200 délégués de toutes les religions et de
tous les continents signèrent la « Déclaration
pour une
éthique planétaire », que j'avais esquissée
au travers d'un processus de concertation interreligieuse. Elle constitue,
depuis lors, le document de base en vue du développement de l'idée
d'une éthique planétaire.
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Quatre
convictions fondamentales
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Quatre
convictions fondamentales sous-tendent ce projet :
• Pas de paix entre les nations sans paix entre les religions.
• Pas de paix entre les religions sans dialogue entre les religions.
• Pas de dialogue entre les religions sans normes éthiques
globales.
• Pas de survie de notre planète sans une éthique
planétaire soutenu par l'ensemble des êtres humains, croyants
et incroyants.
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La déclaration
de Chicago
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La
déclaration de Chicago résume en premier lieu les points
communs dans l'éthique des religions à travers deux principes :
1. Le principe d'humanité selon lequel tout être
humain doit être traité humainement.
2. Pratiquement, toute culture et toute religion connaît une seconde
règle qui développe ce principe de base : c'est la fameuse Règle
d'or de la réciprocité : « Ne
fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse ».
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Directives
pour quatre domaines vitaux
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Ces
deux principes impliquent des orientations concrètes dans quatre
domaines vitaux, formulées en termes d'exigences vis-à-vis
de soi-même :
• S'engager en faveur d'une culture de non-violence et de respect
à l'égard de toute forme de vie.
• S'engager en faveur d'une culture de solidarité et d'un
ordre économique équitable.
• S'engager en faveur d'une culture de tolérance et d'une
vie de sincérité.
• S'engager en faveur d'une culture de l'égalité et
d'un partenariat entre homme et femme.
Des documents normatifs
S'appuyant sur la déclaration de Chicago, l'idée d'une éthique
planétaire s'est propagée dans divers domaines. Les documents
suivants sont déterminants à cet égard :
• 1997 : Proposition de l'InterAction Council d'anciens
chefs d'Etat et de gouvernement en faveur d'une Déclaration
universelle des obligations de la personne.
• 1999 : Appel à nos institutions dirigeantes du
troisième Parlement des religions du monde, au Cap.
• 2001 : Manifeste en faveur du Dialogue entre cultures « Ponts
vers l'avenir » (« Crossing the Divide »),
élaboré par un « Groupe de personnalités
de premier plan », convoqué par Kofî Annan, secrétaire
général de l'ONU, pour 2001, Année internationale
du dialogue des cultures.
La Déclaration de Chicago et le Projet d'éthique planétaire
entendent susciter une prise de conscience individuelle et collective
en faveur de la survie sur notre planète. La Fondation
Ethique Planétaire, créée à Tübingen
en 1995, et à Zurich en 1996, travaille activement à l'avancement
de cette prise de conscience, et cela dans différents domaines
interculturels et interreligieux : la recherche, la formation et
les rencontres, au niveau national et international.
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L'éthique
planétaire visualisée : l'exposition
« Religions du monde – Paix mondiale – Ethique
planétaire »
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Les
instruments créés par la Fondation Ethique Planétaire -
livres, vidéos, CD-ROM, site Internet - constituent une contribution
pédagogique à une mutation de la conscience ; il
en va de même pour l'exposition « Religions du monde
- paix mondiale - éthique planétaire ».
Chacun sait que les normes éthiques ne tombent pas du ciel,
quand bien même, de tous temps et dans différentes religions,
elles ont été et continuent d'être énoncées
sous l'autorité de révélations divines et rappelées
à la mémoire des êtres humains par les porte-paroles
de ces révélations. Au cours de l'évolution humaine
et à travers un processus socio-dynamique très complexe,
normes et valeurs éthiques ont été élaborées
par l'homme lui-même.
Plus précisément : quand sont apparus des besoins
humains, des urgences et des nécessités, se sont alors
imposés des régulateurs du comportement humain :
priorités, conventions, lois, commandements, préceptes
et coutumes ; en un mot des impératifs éthiques spécifiques.
C'est ainsi que l'on retrouve dans des religions d'origine indienne
ou chinoise des éléments proclamés comme commandements
divins dans les textes de la Bible hébraïque, du Nouveau
Testament et dans ceux du Coran, donc dans des cultures d'origine sémitique.
Tout cela est évoqué sur les six tableaux des religions
du monde, en raison de leur impact pratique et de leur diffusion universelle.
Les six premiers panneaux montrent :
• des portraits des grands figures fondatrices : Shiva,
Confucius, le Bouddha, Moïse, Jésus et Muhammad (représenté
par son nom calligraphié car son image ne doit pas être
représentée) ;
• des textes sacrés centraux en rapport avec l'éthique
des différentes religions ;
• un texte personnel caractérisant l'essence de la religion
concernée ;
• un petit glossaire accompagné d'une orientation chronologique ;
• des images évoquant l'univers des différentes
religions, avec des portraits de représentants et représentantes
de l'époque moderne.
En même temps, il convient de faire ressortir clairement les
normes
éthiques fondamentales communes qui sous-tendent toutes ces
religions. Ce trait commun apparaît avec le plus de netteté dans
le panneau de la Règle d'or. On voit apparaître
là, dans des écritures et sous des formulations différentes,
une norme semblable que Confucius énonce déjà 500
ans avant Jésus-Christ et qui devrait valoir non seulement entre
individus, mais entre groupements, entre nations, ethnies et religions.
La Règle d'or est, en fait, une précision du principe d'humanité,
encore plus fondamental qu'ont revendiqué
de tous temps les grands humanistes - d'Emmanuel Kant jusqu'à
Martin Luther King, Nelson Mandela et Yehudi Menuhin en passant par
Henry Dunant, Voltaire, Thomas Mann, Hannah Arendt et Albert Schweitzer :
« Tout être humain - homme ou femme, noir ou blanc,
riche ou pauvre, jeune ou vieux - doit être traité humainement,
et non de façon inhumaine ou bestiale ». Cette exigence
est fondée sur ce qui constitue réellement l'élément
commun à tout être humain, à savoir le fait d'être humain ;
c'est en même temps l'inaliénable dignité humaine
qui lui est inhérente et fonde du même coup les droits
humains.
Les quatre derniers panneaux développent et
concrétisent ces deux principes éthiques fondamentaux
; ils les traduisent en termes de notre époque, de concert avec
les quatre grands commandements éthiques propres à toutes
les religions, telles que les formule la Déclaration de Chicago.
Il apparaît clairement qu'elles n'ont rien de fortuit, mais sont
ordonnées aux domaines décisifs de la vie et de la société
humaines. L'éthique planétaire - tel est le fil rouge,
le dénominateur commun qui donne à l'exposition une unité
thématique. A l'aide de ces douze tableaux, quiconque visite
l'exposition peut discerner ce qui fait partie de l'héritage
éthique de l'humanité ; cela inclut aussi bien l'éthique
humaniste des traditions séculières que l'éthique
des traditions religieuses. La paix du monde ne sera promue que grâce
à une coalition d'hommes et de femmes qu'inspire une préoccupation
éthique, que ce soit sur une base religieuse ou laïque.
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L'éthique
planétaire dans la vie pratique :
la Fondation Ethique Planétaire
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La
Fondation Ethique Planétaire doit sa création en 1995
au comte Karl Konrad von der Groeben qui prit la décision, après
avoir lu le livre Projet d'éthique planétaire, d'engager
une somme considérable à la diffusion de l'idée
d'une éthique planétaire. Grâce aux revenus du
capital de la Fondation, le travail d'une petite équipe de chercheurs
est assuré pour une longue durée. Le travail trouve sa
base et son programme dans la Déclaration du Parlement des religions
du monde.

La Fondation est engagée dans trois domaines :
1. Réalisation et promotion de la recherche interculturelle
et interreligieuse :
• Recherche de base en théologie et en sciences des religions,
notamment par la publication et la diffusion d'ouvrages scientifiques
(livres, articles) en vue d'une meilleure compréhension interculturelle
et interreligieuse.
2. Engagement dans un travail de formation interculturelle
et interreligieuse :
• Activités formatrices - enseignement, conférences
- visant la diffusion des résultats des travaux de recherche,
et en particulier de l'idée même d'une éthique
commune
à toute l'humanité ; diffusion au niveau national et
international dans les universités populaires, les académies,
les écoles, les collèges, les groupements, les partis
et des associations variées.
• Formation de personnes intéressées par des rencontres,
des conférences et des exposés, des séminaires
et des ateliers, en vue d'un approfondissement du thème de l'éthique
globale.
• Présentations pour le grand public, au service d'une
éthique planétaire, à l'aide des médias
(articles de journaux, interviews, radio et TV).
• Production de moyens audiovisuels, p. ex. : le projet multimédias
« Sur les traces des religions » (en allemand
: Spurensuche) - comprenant sept films vidéo, un livre explicatif
et un CD-ROM, sans oublier la présente exposition.
3. Réalisation et soutien des rencontres interculturelles
et interreligieuses :
• Initiatives dans les domaines social, politique et culturel,
favorisant l'entente entre les peuples (p.ex. : établir des
mesures visant à développer la confiance entre différentes
religions).
• Rencontre entre représentants de différentes
cultures et religions (colloques, voyages d'étude, congrès).
• Développement du réseau de relations déjà
établi.
• Accès aux documents-clés et à la littérature
sur Internet (site général : www.weltethos.org ;
et site d'éducation (en allemand) : www.schule-weltethos.de).
Depuis sa création en 1995, l'activité de la Fondation
s'est étendue dans différents domaines de la société.
Elle suscite un vif intérêt, jusque dans les milieux de
l'ONU. D'autres fondations d'éthique planétaire ont vu
le jour en Suisse en 1996, en République tchèque en 1999,
aux Pays-Bas en 2000, à quoi s'ajoute, en 2001, une « Initiative
Ethique planétaire » en Autriche. L'écho positif
que rencontrent les activités de la Fondation montre qu'elle
s'est attelée à une tâche urgente : fournir
un fondement éthique à la mondialisation.
Hans Küng
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